Festival Khiplace : la finance et le bien commun
- Khiplace
- 11 sept.
- 3 min de lecture
L’éducation, levier d’ascension sociale : l’approche pionnière de la Fondation AlphaOmega
Elisabeth Elkrief, directrice de la Fondation AlphaOmega, illustre cette évolution. Créée à l’initiative d’un ancien investisseur en private equity désireux de « rendre au pays ce qu’il lui avait donné », AlphaOmega applique au monde associatif les méthodes du capital-investissement.
Sa mission ? Soutenir et structurer des associations éducatives pour maximiser leur impact. Au-delà des financements, la fondation fournit des compétences : digitalisation, ressources humaines, stratégie de croissance. Résultat : 200 000 jeunes et enseignants bénéficient déjà de cet accompagnement, alors que 1,5 million de jeunes restent en situation de décrochage. Le coût social de ce phénomène est estimé à 3 400 € par décrocheur sur une vie entière.
L’innovation réside dans la séparation de l’actif financier et de l’actif social. Un fonds de private equity performant (Altaroc) génère les ressources, tandis que la fondation démultiplie leur impact : 1 € investi produit 4 € d’impact social. Une approche « gagnant-gagnant », démontrant qu’investissement financier et ascension sociale peuvent se renforcer mutuellement.
Relyens : l’assurance mutualiste tournée vers l’intérêt général
Pour Sandrine Pernette, directrice des investissements de Relyens, l’engagement pour le bien commun découle directement de l’ADN mutualiste de son groupe, devenu entreprise à mission en 2021.
Avec 2,4 milliards d’euros d’actifs propres, Relyens structure son action autour de deux grands axes :
La santé – 19 % de l’allocation d’actifs est dédiée à ce secteur, via du private equity, des prêts aux hôpitaux (en partenariat avec Arkéa) ou des obligations. L’objectif : améliorer l’accessibilité, la qualité et la productivité des soins.
Les collectivités territoriales – Plus de 10 % des actifs financent la transition énergétique locale (bâtiments scolaires rénovés, bus électriques, verdissement des infrastructures).
Un fil rouge traverse ces initiatives : la durabilité. Relyens mise sur des indicateurs précis (KPIs) pour mesurer l’impact réel : « gagner en qualité de soin, sauver des vies, améliorer l’accès aux soins ». L’éducation est également reconnue comme un bien commun, même si l’équilibre entre performance financière et extra-financière impose une diversification sectorielle.
Palatine Asset Management : le social comme moteur de performance
Michel Escalera, CEO de Palatine Asset Management, met en lumière un angle encore trop négligé : le « S » de l’ESG, c’est-à-dire le social.
Pour son équipe, le social est un puissant moteur de création de valeur. Basée sur une centaine de métriques, leur approche mesure l’impact d’investissements dans la formation, le bien-être et la fidélisation des salariés. Les résultats académiques appuient cette conviction :
Les entreprises classées « best places to work » ont surperformé le S&P 500 de 7 points sur dix ans.
Une étude McKinsey démontre que les sociétés intégrant pleinement le social à leur stratégie affichent les meilleurs résultats financiers.
En clair : investir dans les collaborateurs réduit le turnover, améliore la productivité et stimule l’innovation. Le social, longtemps considéré comme un coût, devient un levier direct de performance économique.
Jean-Pierre Mottura (CAPSSA) : des convictions radicales au service de la performance
Avec 1,4 milliard d’euros sous gestion, Jean-Pierre Mottura, directeur général de la CAPSSA assume une posture militante. Depuis la guerre en Ukraine, il applique une politique stricte d’exclusion des entreprises restées actives en Russie. S’appuyant sur les travaux de 300 étudiants de Yale, il refuse toute complaisance : Auchan ou Veolia, par exemple, sont bannis de ses portefeuilles.
Cette rigueur va jusqu’à demander aux gérants partenaires de retirer les quelques pourcents d’actifs non conformes. Résultat : même si certaines décisions entraînent des pertes à court terme (comme la sortie coûteuse de Société Générale), la cohérence de la stratégie s’avère performante dans la durée.
Parallèlement, il investit dans des secteurs concrets liés au bien commun : biotechnologies pour la santé, logement abordable, résidences étudiantes et seniors. Précurseur, il a créé le « Fonds Silver », lié à la loi sur l’adaptation de la société au vieillissement. Pour lui, la conviction forte n’exclut pas la performance, elle la guide.



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