Festival Khiplace : Le génie français, mythe ou réalité ?
- Khiplace
- 11 sept. 2025
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Le "Génie Français" : Un concept repensé au cœur de l'action
Pour Jean-Pierre Petit, économiste reconnu, le concept de "génie français" en tant que facteur historique est moins pertinent. Selon lui, le génie est universel et se manifeste "partout". Les véritables enjeux résident plutôt dans les facteurs institutionnels, politiques, éducatifs, culturels et religieux. Le Général Le Carff, de son côté, s'interroge sur l'expression "faire renaître le génie français", suggérant qu'elle implique une période sombre que ce génie aurait traversée. Il propose une définition plus large du génie comme la "capacité de combiner au mieux... les ressources physiques, politiques, intellectuelles, éducatives, culturelles et religieuses" pour atteindre un objectif optimal.
Dans le monde militaire, le génie français se manifeste par une aptitude singulière à la gestion de crise et à la prise de risque, des qualités essentielles pour une armée d'emploi intervenant à l'international. Le "commandement par intention" français, qui confie un objectif aux subordonnés en leur laissant la liberté des moyens, est perçu comme une forme de génie particulièrement efficace en situations de crise aiguë, contrastant avec l'approche anglo-saxonne basée sur des listes de tâches. L'innovation spontanée des soldats, capables de fabriquer leurs propres drones avec des imprimantes 3D pendant le week-end, illustre cette formidable capacité d'adaptation et ce "bouillonnement d'innovation".
Le constat amer du déclin de l'Europe et de la France
Jean-Pierre Petit dresse un tableau sombre du continent et de la France. Il affirme que l'Europe est "victime de ses mensonges" depuis au moins quatre décennies. Des slogans comme "l'Union fait la force" sont contredits par l'incapacité de l'UE (450 millions d'habitants) à obtenir de meilleurs accords sur les droits de douane que le Japon (123 millions) ou le Royaume-Uni (67 millions) face aux États-Unis. L'idée que "l'Europe vous protège" est mise à mal par l'incapacité d'avoir une stratégie cohérente et efficace dans le conflit ukrainien, malgré des dépenses militaires de 2% du PIB. Le marché unique n'aurait pas créé les "géants" espérés, et la monnaie unique n'aurait pas généré la croissance promise, son recul étant même observé.
L'Europe, selon Petit, est "méprisée" par des puissances comme les États-Unis de Donald Trump, en partie parce qu'elle a "refusé de mettre en place les conditions de la puissance". Elle est perçue comme "prétentieuse, inefficace, lente, complexe" et donne des leçons.
Concernant la France, Petit évoque un "malheur français né au contact d'une mondialisation arrogante", incapable de rectifier les effets pervers de l'économie de marché. Les vulnérabilités de la France sont multiples : une instabilité politique (quatre gouvernements en peu de temps, contre trois ans de stabilité pour le gouvernement Meloni en Italie), une croissance potentielle "quasi nulle", une détention de la dette par les non-résidents à hauteur de 55%, des prélèvements publics record (52% du PIB contre 32% aux États-Unis), et une incapacité à maîtriser les dépenses publiques due à la "capture de rentes" par certains segments de la société. Le passif le plus grave n'est pas financier mais humain (dégradation du capital humain, du système éducatif, manque d'ingénieurs), capitalistique (obsolescence, retard en robotisation) et intellectuel/culturel (défiance envers les institutions et la classe politique).
La "Bascule du Monde" et la révolution militaire
Le Général Le Carff confirme que nous vivons une "bascule du monde absolument majeure", porteuse de risques mais aussi d'opportunités. Cette bascule est d'abord militaire et stratégique : la guerre n'est plus "enfermée dans une boîte" de droit et de négociation comme depuis 1945, et la "force désinhibée" a ressurgi, marquant les années à venir. Des nations comme la Russie, la Chine et même Israël montrent que la force est désormais perçue comme essentielle pour leur protection. Dans ce contexte, la question des empires se pose : "on est vassal ou on est allié". Une remise en cause des valeurs est également observée, avec des propositions "destructives" de blocs comme les BRICS.
Face à cela, le monde militaire français est contraint à une véritable révolution capacitaire. Il ne s'agit plus de concevoir des équipements pour 20 ou 30 ans, mais d'adopter un "mode start-up" avec des volumes quotidiens "adaptables ou jetables". La clé réside dans la standardisation et l'ouverture des plateformes pour permettre une compétition et un changement régulier des charges utiles, ne dépendant pas d'un unique industriel.
La réindustrialisation, notamment dans l'armement, est en pleine accélération due au contexte géopolitique. L'armée se distingue par son "délit de réalité" : voir le monde tel qu'il est, car le déni se paie de vies. Cette approche est fondamentale dans un "monde de compétition" et de "contestation" où les règles sont souvent contournées ("unfair competition"). Il est impératif de sortir du "confort du déni de réalité" et de reprendre le contrôle de la "norme", cette dernière étant un levier de pouvoir essentiel.
Solutions et perspectives : Entre pessimisme raisonnable et optimisme de l'action
Jean-Pierre Petit suggère une approche pragmatique, "voir ce que l'on voit" et privilégier "l'action au dépend de la parole". Il cite le Général de Gaulle : "Ce que la France ne sait pas faire, l'Europe ne le fera pas à sa place". Il observe la démarche de Donald Trump, qui, malgré un caractère jugé insupportable, a su "renverser la table" en refusant les conventions et en s'appuyant sur l'instinct pour créer un "choc positif". Les politiques de Trump, comme la baisse de la fiscalité des entreprises, l'amortissement accéléré du capital et la baisse du coût de l'énergie, sont présentées comme des leviers pour la réindustrialisation.
Le Général Le Carff, bien que lucide sur la situation, reste optimiste quant aux solutions. Il insiste sur le fait que toute crise est une opportunité et que la France possède de "vrais atouts". Le pays a une balance courante équilibrée, une position extérieure peu débitrice, un système bancaire solide, et reste une puissance économique, militaire et nucléaire. Le soutien de la Banque Centrale Européenne, bien que sous conditions, est également un facteur de stabilité financière. L'essentiel est de "faire le premier pas" et de ne pas céder au "déni de réalité".
Le débat a également abordé le rôle de l'Europe dans la paix. Si un participant a souligné que l'Union européenne a garanti 80 ans de paix sur le continent, Jean-Pierre Petit nuance en affirmant que cette paix n'est pas uniquement due à l'UE et que des puissances comme la Turquie et la Russie ont des ambitions impériales. Le Général Le Carff ajoute que la puissance de l'OTAN et des États-Unis a également joué un rôle déterminant dans cette stabilité.
En conclusion, la France et l'Europe sont confrontées à un "long déclin" marqué par des périodes de tension institutionnelle, financière et politique, mais ce n'est pas "la fin du monde". Le pays continuera d'exister, mais dans un environnement profondément transformé, avec une dynamique mondiale moins pacifique. Le défi est de mobiliser le "génie" et la capacité d'action pour naviguer dans cette nouvelle ère, en tirant les leçons du passé et en adoptant une approche résolument pragmatique.



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